Marlon, mon magicien des vieilles anglaises

Il y a quelques jours, je vous ai demandé de deviner quel était le métier d’un de mes personnages principaux de mon roman, La lumière ne fait pas de bruit, sauf en talons aiguilles.

Plusieurs indices avaient été dévoilés, tels que: « Il adore tripatouiller dans les entrailles ». Je dois dire que cet indice a fait tourner les ménages d’un certain nombre! 😉

Vous m’avez alors proposé:

  • Médecin légiste: réponse qui collait parfaitement à la devinette. Mais cela aurait été trop facile!
  • Cinéaste: bonne idée, car je vous avais mis la photo de Marlon Brando.
  • Sage femme: je n’y avais pas pensé! Mais ce fut une excellente déduction!
  • et « le must du must » a été Jack l’éventreur! Formidable!

Ce sont des réponses, qui forcent le respect!
En effet, chers lecteurs, chers amis libraires, chers amis auteurs… Vous avez une imagination débordante et c’est pour cette raison que l’on s’entend à merveille!

Je vous ai alors donné un autre indice: « ce fut un Triumph! »

Et là, à part quelques fins connaisseurs… Et ben…

Donc, pour vous remercier d’avoir participé à cette devinette et surtout d’avoir joué le jeu, je vous divulgue le métier de Marlon. Il est garagiste!
Mais, attention, nous ne parlons pas de n’importe quel garagiste… Il est un magicien, dont seules ces vieilles anglaises (Morgan, Triump, Austin Healey… Voitures anglaises entre les années 1930 et 1970) adorent se confier. Elles échouent toutes chez lui!

Pourquoi j’apporte de l’importance à son métier?
Parce qu’il est une composante de lui-même. Ces vieilles anglaises lui ont permis de se créer son microcosme et de se protéger du monde extérieur, tout comme des autres personnes. Ces voitures lui offrent la possibilité de retourner en enfance et, ainsi, de créer une bulle de protection! Un étrange lien s’est tissé entre ces voitures et lui-même.
Marlon est le magicien de ces dames, l’homme aux doigts de fée. Lui seul sait leur parler!
Un écrin mécanique dans un gant de solitude, baignant dans l’huile de moteur et flottant dans les odeurs âpres de l’essence, est le bonheur simple de cet homme cabossé par la vie!

Afin d’apercevoir quelques traits de caractères de ce personnage, plongez-vous dans cet extrait du roman, La lumière ne fait pas de bruit, sauf en talons aiguilles, qui est en cours de publication.
Un avant goût de cette histoire, qui va vous mettre l’eau à la bouche! Bonne lecture!

 » Marlon se penche, légèrement, pour être à la hauteur du bolide. Lui caresse délicatement le capot, tout en lui murmurant «Allez ma belle! Dis-moi ce qui ne va pas». Un chuintement discret s’élève dans la cour. Il fait le tour de la voiture. S’accroupit pour voir sous le moteur. Laisse échapper un « Du grand n’importe quoi!». Un liquide goutte sur les pavés. Marlon touche du bout des doigts la petite flaque, qui s’étend sous le carter moteur. Il ronchonne une phrase presque inaudible, pendant qu’il se relève avec difficulté.

Puis, dans un grincement strident, il ouvre la portière conducteur. S’installe sur le fauteuil. Remonte les manches de sa chemise rouge de bûcheron. Pour finalement poser délicatement ses doigts sur la clé de contact. Premier essai, un cliquetis se fait entendre. Deuxième essai, le silence. «Jamais deux sans trois», soupire-t-il. Troisième essai.

Un râle s’échappe du moteur, qui cherche à respirer. Happe de l’air. Hoquette. S’ébroue. La voiture s’anime, en pétaradant. Deux cylindres sont au travail. Trois puis quatre. Marlon écoute la patiente. L’ausculte méthodiquement, après quelques montées en régime. Appuie sur les freins. Débraye et tente de passer tous les différents rapports.

Le bolide se confie à cet homme. Une fumée blanchâtre s’échappe du pot d’échappement. Une odeur d’huile et d’essence brûlée lui chatouille les narines. Il sourit. Hume ce parfum unique. Une fragrance âcre naturellement émise par la mécanique anglaise. Il soupire. Que de souvenirs.

Il sort du véhicule. Se poste, les jambes écartées, les poings sur les hanches, devant le capot. La Morgan laisse échapper une rumeur plaintive. Il défait avec délicatesse, telle une maîtresse, la lanière de cuir ceinturant le long capot strié. Lentement, pour ne pas l’effrayer. Le pied sur le pare-choc, la main droite posée sur son genou, le mécanicien écoute les doléances de la demoiselle. Le chant cacophonique des pistons, la respiration rauque des soupapes, tout comme les crépitations des culbuteurs, dévoilent à ce dernier les notes mal placées de cette mélodie mécanique.

Dès le début de ce flirt mécanique, Hélène s’est mise en retrait. Elle se sait de trop. Cependant, elle s’impatiente. Se met sur la pointe des pieds. Se tortille dans tous les sens pour essayer de voir par-dessus les épaules de Marlon. Elle n’ose pas l’interrompre. Mâchonne son pendentif, en argent, en forme de trèfle à quatre feuilles. L’attente est insoutenable. Tant pis, j’y vais!

– «Est-ce grave? Elle a l’air de fonctionner, non?», demande-t-elle, en se mordant la lèvre inférieure.

Marlon se fige. Le dos raide, il se retourne. Tout en regardant ses mains fixement, il les essuie, doucement avec un chiffon, pour faire disparaître le cambouis. Laisse échapper un petit sifflement. Puis, il l’a regarde, tout en lui disant:
– « A première vue, votre voiture souffre d’incontinences et de vapeur! Elle doit être au stade de la ménopause!»

Il éclate alors de rire, en voyant la tête déconfite de sa cliente, qui, apparemment, s’attendait à une toute autre réponse. Elle sourit légèrement à son trait d’humour et lui répond, sur un ton sec:
– «Très spirituel! Je reconnais que vous avez un humour désopilant! Cependant, je ne comprends pas pourquoi ma voiture fait de tels bruits. Pourquoi maintenant?
– Oh ma p’tite dame…Les voies de la mécanique sont impénétrables!»

Et, il repart de plus belle dans un fou rire, franc, dévoilant l’ensemble de ses dents. Toutes d’une blancheur immaculée, sauf une. En or, qui brille telle l’étoile du Berger au prélude de la nuit. »

Belle soirée 😉

Publié par Audrey Lucido, le 12 mai 2018.

 

 

8 réflexions au sujet de « Marlon, mon magicien des vieilles anglaises »

    1. Merci beaucoup! 😉 Je suis heureuse que l’extrait te plaise! C’est important pour moi, venant de toi! 😉 La suite au prochain épisode! 😉

  1. J’aime beaucoup le titre 🙂.
    Je suis juste étonnée de ne pas avoir reçu de notification des publications précédentes, un bug peut-être ?
    En tout cas, c’est fort agréable de te lire à nouveau 😀. Merci et à très vite

    1. Je suis très contente que tu aimes le titre, sachant que tu as été une de mes lectrices bêta! 🙂 Cela veut dire qu’il correspond totalement au texte et ça, c’est top!
      C’est tout à fait normal que tu n’aies pas eu d’autres notifications car le site reprend ses fonctions à vitesse grand V 😉 Je te remercie d’être toujours une mes lectrices et de me suivre dans mes aventures. A très vite également 🙂

    1. Des magiciens hors pair, surtout quand il s’agit de vieilles voitures anglaises! Il faut savoir leur parler et c’est quelque chose qu’il faut apprivoiser!
      Je considère mon pari gagné, lorsque tu me parles de « réalisme magique »! C’est exactement ce que j’ai voulu retranscrire dans le roman. Donc, suivons notre instinct et vivons dans un réalisme magique qui me convient parfaitement! 😉

    1. Merci beaucoup! Je suis si heureuse que cet extrait t’aie plu! 😉 D’autres suivront sûrement, en attentant la publication du roman, qui se rapproche 😉

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