Les racailles ne sont pas en voie d’extinction

Vendredi matin, jour de marché.

La tête baissée, je tire mon chariot à roulette, rempli de légumes et Dieu sait quoi d’autres (J’adore cette expression ;)). J’essaye de me frayer un chemin entre les étalages et les personnes âgées, qui ont du mal à tenir debout.
Munis de leurs chariots ou de leurs paniers en osier, elles titubent sur les trottoirs comme sur le pont d’un bateau, bravant une dangereuse tempête.

Je relève la tête. Regarde à droite. Puis, à gauche. Je m’apprête à traverser sur le passage piéton, lorsque j’aperçois un homme portant une doudoune bouée, sans manches. Une capuche d’un sweat-shirt gris sort de derrière sa tête, et se répand sur le col de sa doudoune.

Dernière tendance des paysages urbains, cette doudoune vous donne l’impression de marcher à travers un banc de marins, descendants de leur bateau avec des gilets de sauvetage.
Pour ceux et celles qui se sont retrouvés dans ce genre de situation, je les comprend pleinement. Cette impression de suffoquer lorsque l’on fend cette marée humaine gonflable est des plus impressionnantes.

Après un  bref instant, je traverse le passage piéton avec mon chariot, sans perdre une miette de la scène.
Cet homme, de grande taille, s’affaire devant une Golf GTI, dernière génération, garée sur une place de parking à l’entrée de la rue. Il prend son temps. Cherche dans ses poches. Râle.
Il finit par trouver ce qu’il cherche. Claque fortement la portière conducteur. Introduit sa clé dans la serrure. Puis, se retourne.

Et là, c’est la stupéfaction! Je m’étais fait tout un film sur une racaille, qui fermait sa voiture ou qui en fracturerait une aux yeux de tous. Je l’avais affublé d’un jogging vert, assorti à ses baskets blanches. J’attendais qu’il jure, qu’il sorte un tas d’insanités.

Et ben non! C’était tout simplement un petit vieux, d’environ 70 ans, qui fermait le plus tranquillement du monde sa voiture!
Bien sûr, la notion de tranquillité varie en fonction de l’âge du personnage. Un homme de 20 ans sifflote en fermant sa voiture, un ancien de 70 ans ronchonne en fermant son carrosse 🙂

Je cligne des yeux. Secoue la tête légèrement. Puis, souris à mes réflexions plus qu’idiotes. J’avance de quelques mètres sur le trottoir. Tourne à droite pour prendre l’allée centrale qui va m’amener à ma maison. C’est à ce moment précis que j’aperçois un homme, qui a dissimulé son visage sous sa capuche.

Même tenue vestimentaire que le premier devant sa Golf! Je baisse légèrement la tête. Regarde discrètement l’homme, que j’étais en train de croiser. Il lève les yeux. Un éclair fend d’un seul coup le bleu glacial de son regard. Je me fige, tandis que mon cerveau tourne à plein régime.

Pourquoi se cache-t-il sous une capuche? Il ne pleut pas! Quel est son intérêt alors? Est-il un bandit, un voyou, un défiguré, un déserteur, un serial-killer? Tout se bouscule dans ma tête!

Des scènes de film, des phrases cultes rebondissent sur les parois de ma mémoire… «C’est moi que tu regardes? C’est moi que tu regardes? Sinon, qui diable regardes-tu? C’est moi que tu regardes? Tu sais que je suis le seul ici, dans cette allée avec toi. A qui diable penses-tu que tu regardes? Hein?».

Bref, je me fais tout un scénario sur cet homme, qui marche lentement sur le trottoir. Cette dernière information aurait dû me mettre la puce à l’oreille! Personne n’a jamais vu un malfrat marcher à deux à l’heure. Plus je l’observe, plus je me dis qu’un escargot pourrait le doubler sereinement, même par temps sec.

Après quelques mètres, il s’assoit sur un banc. Intriguée, je m’arrête. Fais semblant de chercher quelque chose dans mon chariot à commission. Et là, le choc.

C’était encore un ancien, qui se dissimulait sous son costume de racaille.
Deux personnes âgées, habillées de la même manière, en l’espace de quelques minutes. Je n’ai qu’une seule hypothèse à émettre…

Ils vont à un bal costumé! Eh ben oui…C’est sûr! Si ce n’est pas le cas, nous devrions alors nous faire du souci.

Si nos anciens commencent à porter des joggings (même si je reconnais le bonheur d’en porter un ;)), des sweat-shirt à capuche et des doudounes bouées pour avoir l’impression d’être plus jeune, la décadence de notre société a déjà commencé!

Les racailles ne sont pas en voie d’extinction! 😉

Publié par Audrey Lucido, le 06 Janvier 2017.

 

5 réflexions au sujet de « Les racailles ne sont pas en voie d’extinction »

  1. Bonjour AUDREY,
    Pourquoi cette fixation sur les gens âgés, des cons il y en a dans toutes les générations. La jeunesse n’est qu’un état passager, je n’en ai pas la nostalgie, elle a son lot de problèmes et de joies comme après. D’ailleurs pour un enfant de 8 ans les 18 ans sont des vieux tout est relatif.
    L’intérêt de la jeunesse est de savoir que ses projets doivent pouvoir se réaliser car le temps est devant, mais faut-il encore en avoir et avoir le courage d’aller jusqu’au bout;
    Je t’embrasse
    FPi

    1. Bonjour Françoise, 🙂

      Je ne fais pas une fixette sur les personnes âgées, loin de moi cette idée mais, c’est tellement facile de taquiner les personnes plus jeunes ou plus vieilles, même si je ne rate pas non plus les trentenaires 😉

      Je suis d’accord avec toi la jeunesse est un état passager! Moi, je m’éclate dans ma période des trente ans! Alors, j’en profite!

      Je fais tout mon possible pour réaliser mes rêves et aller jusqu’au bout! Tu le sais bien…Je suis coriace, tenace et légèrement tête de mule 😉

      Je t’embrasse 🙂

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