Un frisson de peur pour Halloween

Vous voulez ressentir un frisson de peur, qui remonte lentement le long de votre échine, et qui s’enroule doucement mais sûrement autour de votre colonne vertébrale… Ne vous inquiétez pas! Avec cet extrait vous allez mourir de rire! 😉

Chapitre 7 de La lumière ne fait pas de bruit sauf en talons aiguilles (disponible sur tous les sites de vente en ligne et Librairies)

« Hélène avance à tâtons dans cet espace restreint, où la pénombre règne. Posant avec prudence un pied devant l’autre, elle longe une sorte de couloir, délimité par deux étagères. Du bout des doigts, elle effleure plusieurs bocaux de verre, remplis de feuilles séchées. Une odeur âcre de bois et de vernis, luttant contre de suaves effluves de plantes médicinales, lui pique les narines. Elle éternue à plusieurs reprises. Se frotte le nez avec son index et continue de se diriger vers la lumière, qu’une porte entrebâillée laisse deviner.

Hélène cligne des yeux. Trois, quatre fois. Une douce lumière rouge orangée l’enveloppe, tel un coucher de soleil sur une île paradisiaque. Ses pieds touchent avec délicatesse le moelleux d’un tapis rouge, recouvrant l’ensemble du sol. Elle recroqueville ses orteils. Cherche du réconfort dans la douce laine, usée par le temps.

Au bout de quelques minutes, elle aperçoit, Altesse, assise au bout du tapis, qui l’attend. À la vue de sa maîtresse, la chienne bat joyeusement de la queue. C’est alors qu’une voix, éloignée, s’empresse de l’inviter à se rapprocher de l’accueil, situé à l’autre extrémité de ce hall. Elle traverse alors nonchalamment cette immense salle recouverte de tapisseries moyenâgeuses.

Une jeune femme, vêtue de riches brocarts, brille comme des escarboucles, au milieu de ce flot d’ouvrages. Entourée d’une licorne et d’un lion, elle prend la pose sur une sorte d’île, parsemée d’animaux et de fleurs en rinceaux. Le bleu sombre des arbres tente de s’imposer sur un fond rouge vermeil, presque rose. Un combat perdu d’avance. « Mon seul désir » est gravé à même la pierre au sommet des quatre représentations, dont l’ouïe est le pion central.

Hélène s’approche de la tapisserie centrale. Caresse délicatement le raffinement du tissage. Écarquille les yeux et, la bouche légèrement entrouverte, lâche, dans un murmure, « Noooon ! J’hallucine…La Dame à Licorne ! ».

Des pas accélérés arrivent dans sa direction. Bérénice, les poings sur les hanches, lui demande, sur un ton sec, de venir car « les poules aimeraient bien aller se coucher !  ». Hélène détache ses yeux de ce chef-d’œuvre. Et, de peur de se faire à nouveau brusquer, débarque à pas de loup devant la banque d’accueil de ce hall d’entrée majestueux.

Tournant le dos à Hélène, Bérénice se caresse le menton, devant un tableau à clé bancal, qui penche dangereusement vers le sol. Elle allume une lampe, en forme de phare à bateau, afin d’y voir plus clair dans ce chaos d’instruments métalliques. Tout en recherchant la clé, qui correspondrait au mieux à sa cliente, elle se force à faire la conversation. Sa curiosité l’emporte toujours, malgré sa nature peu loquace.

« Je suis désolée de vous avoir fait passer par la réserve. Mais, j’ai compris que vous aviez eu une journée de merde, alors…J’ai fait au plus court ! Ce chemin s’est donc imposé de lui-même ! taquine-t-elle.

— Hummmm…, répond Hélène, en observant la pièce, la tête levée et la bouche mi-ouverte.

— Vous disiez que c’est mon père qui vous a guidé vers moi…Pourquoi ? questionne Bérénice, de but en blanc.

— Pour vous louer une chambre, pardi ! Vu qu’il doit prendre son temps pour examiner ma voiture… Vous ne vous rendez pas compte, il m’a parlé de… »

Bérénice lui coupe la parole :

« Oh si ! Je m’en rends bien compte ! Il va prendre tout son temps, pour savoir ce qui va ou ne va pas ! Mon père est très pointilleux sur ce genre de détails. Il vous réparera votre voiture seulement quand cette dernière et lui l’auront décidé. D’ailleurs, c’est étrange, les relations qu’il a avec ces vieilles anglaises ! Je n’y ai jamais rien compris. Tout ce que je peux vous dire, c’est que vous êtes plutôt mal barrée ! Je vous réserve une chambre pour une semaine ?

— Une semaine ? Nooon…Deux à trois jours suffisent !

— Ma foi…Si vous le dites ! Bon voyons voir…Quelle chambre vais-je vous donner… ».

Dans un vacarme tonitruant, Bérénice cogne. Racle plusieurs objets au fond du tiroir du pétrin, qui fait office de bureau. Quelques clefs tintent au contact du plateau en bois. Elle ressemble à un petit écureuil cherchant désespérément sa noisette. D’un seul coup, le regard hagard, elle se redresse. Une clef dans la main, elle badine en la traitant de petite coquine. Triomphante, elle sourit à sa cliente. Cela sera la 18 !

Bérénice appuie sur le bouton de l’interphone, tout en demandant à son mari d’apporter la malle de la cliente dans la chambre. Elle lui expliquera tout en détail plus tard. Puis, elle fait le tour du pétrin et invite Hélène à la suivre vers l’escalier principal, en bois. Cette dernière jette un dernier coup d’œil aux tapisseries, et pose sa main sur la rampe sculptée.

Elle caresse instinctivement le lion couché, dominant de sa patte gauche un globe terrestre. Il lui sourit. Elle ne bouge plus. Se frotte les yeux à plusieurs reprises. Elle se dit qu’elle rêve. S’approche de plus près du petit animal. Le regarde avec insistance. Rien. Pas un rictus. Le lion est stoïque.

Hélène hausse les épaules, tout en se convaincant qu’elle est juste fatiguée et que demain cela ira mieux. Elle monte une marche, quand, elle entend dans un murmure « Aie confiance ! ». Elle s’arrête, tout en demandant à Bérénice si elle vient de lui parler.

« Non ! Je ne vous ai rien dit ! Pourquoi ? lui répond-t-elle.

— Parce que je viens à l’instant d’entendre une voix ! Sinon, je ne vous le demanderais pas ! s’agace Hélène.

— Ne vous énervez pas ! lui rétorque-t-elle, sur un ton sec. Si vous entendez des voix, c’est votre problème, ce n’est pas le mien ! Vous devriez consulter. On a un très bon psychologue dans le village ! Cela vous fera peut-être du bien pendant votre séjour parmi nous, vous ne trouvez pas ?

— Peut-être…Je ne sais pas…Le lion…Le lion…

— Quoi le lion ? Vous divague ?

— Non. Je ne crois pas ! Quoique… Peut-être… C’est sûrement mon imagination… », conclut Hélène.

Elle fixe une dernière fois le lion. Pour elle, c’est lui qui lui a soufflé cette phrase. Cela n’est pas possible ! Serrant ses bras contre sa poitrine, elle continue l’ascension de l’escalier. Alors qu’au bout de la rampe, le lion sourit de nouveau.

Arrivée à sa hauteur, Hélène questionne Bérénice sur le monastère ainsi que sur sa décoration légèrement ostentatoire. Les yeux pétillants, cette dernière esquisse un sourire passionné et s’arrête au milieu de l’escalier pour lui expliquer rapidement la rénovation du monastère. Elle lui raconte avec de grands gestes le nettoyage des bâtiments, le défrichement du cloître intérieur et de la cour extérieure, la reconstruction de certains murs, le ponçage du parquet, l’aménagement des pièces…Tout y passe ! Ses joues deviennent rouges, sa respiration s’accélère au fur et à mesure que son récit l’enflamme. Elle ne s’aperçoit même pas qu’Hélène a décroché dès les premiers instants.

Tout en montant l’escalier, elle raconte comment sa grand-mère a décidé de reproduire les tapisseries de La Dame à Licorne. Un grand délire, selon elle. Bérénice lui fait d’ailleurs remarquer qu’il manque une ou deux tapisseries. L’œuvre n’est pas complète. Elle commence mais ne termine jamais. Elle est comme ça, Dolorès.

Comme chez Marlon. Elle a réalisé une fresque murale où une Morgan blanche, volant dans les airs, tend son pneu droit à une Triumph Spitfire, jaune canari, pour lui transmettre tous ses savoirs. Michel-Ange l’a inspiré. « Foutaises. Comparer Charles Morgan à Dieu, il fallait oser ! », lâche-t-elle. Bref…Toujours en chantier. Ils font avec. Elle n’est pas toute jeune !

« Vous verrez ! Vous ne pourrez pas la rater. Elle est très lumineuse ! », commente avec malice Bérénice, tout en parvenant sur le palier de l’escalier, Hélène sur ses talons.

Elles suivent une enfilade de couloirs, peu éclairés, au premier étage. Les ombres des silhouettes se dessinent délicatement sur les murs beiges de la bâtisse. Les quelques ampoules présentes s’accrochent désespérément à leurs fils électriques. Elles illuminent, comme elles peuvent, l’espace, qui leur est attribué. La pénombre devance les ténèbres. Un étrange tourbillon de velours noir engloutit le silencieux couloir, après le passage des deux femmes. Un faible grattement retentit.

Altesse, qui ouvre la marche, s’immobilise. Les oreilles droites, la queue relevée, elle est attentive aux moindres bruits. Bérénice stoppe Hélène, avec sa main, tout en lui montrant la chienne. Cette dernière ouvre la bouche pour parler, mais se tait rapidement. L’index sur ses lèvres, l’herboriste laisse échapper un « chuuuuuut ». Puis, elle tend l’oreille. Rien. Seul le silence lui répond. Les deux femmes se détendent. C’était une fausse alerte. Elles reprennent leur avancée.

Soudain, de légers cliquetis, secs et brefs, résonnent dans l’obscurité. Hélène sent que quelque chose la frôle. Elle se retourne vivement. Entend son cœur battre sa cadence infernale.

Le grattement s’intensifie. Prend de la vitesse. Il martèle le sinistre silence de ce sombre couloir, comme des talons aiguilles claquant par à-coups sur les lames du parquet. Altesse fait demi-tour. Se poste devant les deux jeunes femmes. Le lévrier, les pattes en avant, les poils hérissés, montre les crocs. Grogne. Aboie férocement. Le son s’évanouit. La petite troupe fait face à l’ombre. Une bête y est tapie.

Hélène imagine des yeux, qui brillent dans le noir. Pense apercevoir des énormes crocs, capables d’écorcher sa peau ou encore de lacérer ses vêtements pour les dévorer voracement. Le dragon de la porte cochère serait-il vivant ? Elle a bien vu le lion sourire, alors pourquoi pas un dragon, qui dévore les clients du monastère une fois la nuit tombée ? Les Cévennes posséderaient donc aussi leur auberge rouge ?

Bérénice, le regard légèrement mutin, s’accroche au bras d’Hélène. La tire doucement en arrière. Serrées l’une contre l’autre, les deux jeunes femmes sont prêtes à fuir. La chienne, quant à elle, ne bouge pas. Elle est l’avant-garde. Le silence s’impose. Il annonce son arrivée. Celle, d’un animal assoiffé de sang. Elles retiennent leur souffle.

Dans un petit rayon de lumière, une truffe rose apparaît. Prend son élan. Se jette dans les pattes d’Altesse, l’obligeant à tourner sur elle-même, comme elle si voulait se mordre la queue. Hélène hurle. Bérénice sursaute. Souffle, pour finalement, éclater de rire.

Elle se maintient les côtes. Tape sa main droite sur sa cuisse. Elle a du mal à reprendre son sérieux. Aladin adore faire peur aux clients et pour le coup, c’est vraiment réussi.

La cliente est restée clouée sur place, incapable de bouger. Et sa tête de gorgone : les yeux exorbités, les traits du visage crispés, la bouche grande ouverte. Un vrai masque de tragédie grecque.

Après quelques minutes, la soi-disant horrible bête du sombre couloir, cesse de taquiner le lévrier. Prend la pose quelques secondes, dans un faisceau lumineux, pour se faire admirer, puis, grimpe rapidement sur les épaules de Bérénice. L’animal se love alors autour de son cou et laisse pendre sa queue en panache sur la poitrine de sa maîtresse, prenant l’aspect d’une visonnette. D’un poil soyeux, son pelage marronné aurait rendu verte de jalousie toutes les petites mamies, allant à l’office. Altesse, langue pendante, s’assoit. Bat de la queue. Attend patiemment la suite des événements.

 

Hélène tremble. Lève. Baisse les yeux. Contracte ses mâchoires. Elle est prête à exploser. Un simple furet. Et pas un monstre ignoble, répugnant et laid. Juste un petit furet. Bérénice regarde Hélène, qui n’arrive pas à se calmer. Lui demande d’arrêter de faire les cent pas. Lui précise que ce n’est pas grave. Il ne faut pas s’angoisser comme ça. « C’est Aladin, mon furet ! », conclut-elle. Elle pose sa main sur son épaule pour la rassurer. Elle est repoussée avec violence. Recule en vacillant légèrement. Elle ne s’attendait pas à cette réaction.

Hélène inspire profondément. Cherche à ralentir son rythme cardiaque. « Juste un furet ! C’est bien ça le problème ! J’ai cru que j’allais mourir…à cause d’un furet ! C’est du grand délire ! J’ai atterri dans un village de tarés…Je ne vois que ça comme explication ! », murmure-t-elle, pour elle-même. Elle passe à plusieurs reprises ses mains dans ses cheveux. S’accroupit pour caresser Altesse. Cela l’a toujours calmé. Après quelques minutes, elle se relève, et demande à son hôte le plus gentiment possible de la conduire rapidement à sa chambre car, à ce moment précis, elle est très fatiguée. (…) »

Publié par Audrey Lucido, le 31/10/2018.

3 réflexions au sujet de « Un frisson de peur pour Halloween »

  1. Excellent extrait 👍👍
    Où comment être en forme, sans craindre les petits monstres qui réclameront leurs bonbons ce soir 😂🤣
    Merci Audrey et belle journée à toi

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